Formation continue du pharmacien : le DPC se joue sur trois ans et dans les preuves

La formation continue du pharmacien répond à deux objectifs : actualiser ses compétences et respecter une obligation professionnelle. Le développement professionnel continu, ou DPC, organise cette démarche sur trois ans. Pour être en règle, suivre un cours ne suffit pas. Il faut choisir des actions adaptées, les enregistrer et conserver les justificatifs qui permettent d’en prouver la réalisation.

Le DPC, le cadre réglementaire de la formation continue du pharmacien

La formation continue du pharmacien regroupe les démarches qui servent à actualiser ses connaissances, à développer ses compétences ou à faire évoluer son exercice. Le développement professionnel continu en est la partie réglementée. Il est obligatoire pour les professionnels de santé en exercice et vise l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins.

Le DPC ne se limite pas à l’acquisition de connaissances théoriques. Il associe la formation à l’analyse des pratiques réelles et à la prévention des risques. Une formation sur le bon usage des médicaments peut être directement utile au comptoir. Une évaluation des pratiques peut aussi faire apparaître une difficulté dans la conciliation médicamenteuse ou la dispensation de traitements à risque.

Une obligation triennale, pas un rendez-vous annuel isolé

Le pharmacien doit s’inscrire dans une démarche organisée sur une période de trois ans. Pour la période 2023-2025, cette démarche doit comporter au moins deux types d’actions parmi trois catégories : la formation, l’évaluation et l’amélioration des pratiques, et la gestion des risques. Au moins une action doit aussi relever des orientations prioritaires définies pour cette période.

Cette organisation évite de réduire le DPC à une simple accumulation de modules. Les connaissances acquises doivent pouvoir être reliées à une pratique professionnelle mieux maîtrisée et plus sûre. Les méthodes et les modalités utilisées doivent être compatibles avec celles validées par la Haute Autorité de santé.

Composer un parcours conforme sans choisir au hasard

Le parcours dépend du poste occupé, des missions exercées et des situations rencontrées : officine, établissement de santé, industrie, biologie médicale ou exercice mixte. Avant de s’inscrire, le pharmacien a intérêt à partir d’un besoin concret. Les entretiens pharmaceutiques, la vaccination, l’iatrogénie, l’antibiothérapie, la qualité, le management et la coordination des soins peuvent guider ce choix.

Type d’action Utilité principale Exemple d’approche
Formation Actualiser ou approfondir une compétence Module consacré à une thérapeutique, à une mission officinale ou à une réglementation
Évaluation et amélioration des pratiques Mesurer l’écart entre la pratique attendue et la pratique observée Audit, revue de dossiers ou analyse d’indicateurs
Gestion des risques Prévenir les erreurs et sécuriser un processus Analyse d’un incident, procédure de dispensation ou étude du circuit du médicament

Parcours ANDPC et parcours recommandé par le CNP : deux repères différents

L’ANDPC pilote le dispositif de DPC et met à disposition le compte qui permet de suivre les actions. Le CNP Pharmacie peut, de son côté, proposer un parcours pluriannuel recommandé. Ce parcours apporte une cohérence métier aux actions à mener, mais il ne dispense pas le pharmacien de vérifier lui-même la conformité de sa démarche et sa traçabilité.

Un parcours cohérent peut s’organiser par niveaux de compétences. Une première action consolide les connaissances cliniques, une autre examine les décisions du quotidien, puis une troisième sécurise l’organisation collective. Cette progression est utile lorsqu’un sujet semble déjà maîtrisé : elle permet de passer d’un savoir déclaré à une pratique observée, documentée et améliorable.

Les critères pour sélectionner une formation utile

Vérifiez d’abord le public visé, les objectifs pédagogiques, la modalité proposée et le temps réellement disponible. Une formation à distance peut simplifier l’organisation. Un format collectif peut être plus pertinent pour travailler une procédure d’équipe. Examinez également le lien avec les orientations prioritaires, l’éligibilité éventuelle au DPC et les documents remis à la fin de l’action.

  • Choisissez un sujet directement lié à votre exercice actuel.
  • Vérifiez si l’action complète votre parcours triennal ou si elle fait doublon avec une action déjà suivie.
  • Anticipez les contraintes de planning, notamment pour les équipes officinales.
  • Conservez le programme, l’attestation et toute preuve de participation.

Financement : distinguer la prise en charge de la conformité

Une formation finançable ne satisfait pas automatiquement l’obligation de DPC. À l’inverse, une action conforme au DPC n’est pas nécessairement prise en charge dans les mêmes conditions. Le financement dépend du statut du pharmacien, du dispositif mobilisé et des règles propres à la formation choisie.

Libéral, salarié, biologiste médical : des démarches à adapter

Les pharmaciens libéraux peuvent rechercher une prise en charge au titre du DPC ou du FIFPL, selon leur situation et l’action retenue. Les frais professionnels peuvent également constituer une piste à examiner. Pour un pharmacien salarié, le financement s’inscrit généralement dans le plan de développement des compétences de l’employeur ou dans les modalités prévues par la structure.

Les biologistes médicaux disposent d’un environnement spécifique, notamment avec le CNP-BM et la plateforme parcourspro.online. Quel que soit le statut, vérifiez les critères avant l’inscription. Les enveloppes disponibles, les règles de prise en charge et les démarches administratives peuvent varier.

Tracer ses actions pour pouvoir les justifier

La conformité repose sur les actions suivies, mais aussi sur les preuves conservées. Le document de traçabilité électronique centralise les éléments utiles : actions réalisées, attestations, justificatifs et synthèse du parcours. Le compte ANDPC doit donc rester actif et être mis à jour régulièrement.

Une méthode simple en cinq étapes

  1. Connectez-vous à votre espace professionnel sur agencedpc.fr et vérifiez vos informations.
  2. Repérez les actions déjà réalisées pendant la période triennale.
  3. Renseignez les formations et les démarches qui ne sont pas remontées automatiquement, en ajoutant leurs justificatifs.
  4. Contrôlez que votre parcours comporte bien deux catégories d’actions et une orientation prioritaire.
  5. Éditez et conservez votre synthèse triennale, même lorsque les données sont visibles en ligne.

Le compte e-POP et l’autorisation de transmission des données peuvent conditionner l’extraction automatique des synthèses par l’Ordre national des pharmaciens. Il vaut donc mieux vérifier sa situation avant la fin de la période de contrôle. En cas de difficulté de connexion, d’activation ou d’action absente, consultez le guide et le tutoriel de l’ANDPC, puis contactez l’assistance de la plateforme.

Les erreurs qui fragilisent un dossier de DPC

La première erreur consiste à confondre une attestation de présence avec une preuve exploitable pour le parcours triennal. La deuxième est d’attendre la fin de la période pour vérifier la diversité des actions. Une série de formations, même pertinentes, peut ne pas couvrir les exigences de la démarche. Enfin, l’absence d’archivage des documents entraîne des recherches inutiles lors d’un contrôle.

Un suivi semestriel suffit souvent à limiter ces difficultés. Pour chaque action, notez sa catégorie, son lien avec une orientation prioritaire, sa date de réalisation et l’emplacement du justificatif. Vérifiez aussi que l’action apparaît bien dans votre espace ou que vous disposez des éléments nécessaires pour la renseigner. Cette routine transforme une obligation administrative en outil de suivi professionnel, tout en laissant la place à des formations réellement utiles à votre pratique.

Éloïse Caradec

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