Exercer comme infirmier en santé du travail ne consiste pas à transposer les soins infirmiers dans l’entreprise. Le poste s’inscrit dans la prévention, le suivi des salariés et le maintien dans l’emploi, au sein d’un service de prévention et de santé au travail (SPST). Une formation spécifique est donc requise pour les infirmiers recrutés dans ce cadre. Elle associe un socle théorique minimal à une pratique professionnelle encadrée.
Une obligation liée au recrutement dans un SPST
Le cadre figure notamment à l’article L.4623-10 du Code du travail. Il prévoit que l’infirmier recruté dans un SPST bénéficie d’une formation spécifique en santé au travail. Cette exigence découle de la loi n° 2021-1018 du 2 août 2021, puis a été précisée par le décret n° 2022-1664 du 27 décembre 2022 et l’arrêté du 30 janvier 2023.

L’obligation s’applique à compter du 31 mars 2023 aux infirmiers recrutés dans un SPST. Si la formation n’est pas déjà suivie au moment de l’embauche, l’employeur doit inscrire l’infirmier dans les 12 mois suivant son recrutement. Le professionnel doit ainsi acquérir des repères solides sur les risques professionnels, le suivi individuel de l’état de santé et l’organisation de la prévention.
Une formation qui dépasse la consultation infirmière
L’infirmier de santé au travail participe aux entretiens infirmiers, à la traçabilité des expositions, aux actions collectives de prévention et à la veille sanitaire. Il contribue aussi à la prévention de la désinsertion professionnelle, en lien avec le médecin du travail et les autres membres de l’équipe pluridisciplinaire. La formation lui apprend à relier une situation de santé au travail réel, à un poste, à une exposition et à des mesures de prévention adaptées.
La santé au travail se distingue de la médecine de soins. Dans l’entreprise, un symptôme peut être lié à une contrainte moins visible : gestes répétés, horaires décalés, bruit, charge mentale, produits utilisés ou difficulté d’aménagement du poste. Questionner l’activité, et pas seulement l’état de santé, permet de mieux repérer la cause professionnelle, de documenter l’exposition et de mobiliser la bonne ressource avant que la situation ne se dégrade.
Ce que doit couvrir la formation : théorie, compétences et stage
Le référentiel impose au minimum 240 heures d’enseignements théoriques et un stage de pratique professionnelle de 105 heures. Les deux volets se complètent. Les cours apportent le cadre réglementaire et les connaissances cliniques, tandis que le stage permet d’observer puis de mettre en œuvre les pratiques attendues dans un environnement de travail.
| Volet | Exigence minimale | Finalité professionnelle |
|---|---|---|
| Enseignements théoriques | 240 heures | Acquérir les connaissances et méthodes propres à la santé au travail |
| Pratique professionnelle | 105 heures | Mettre les acquis en situation avec un accompagnement adapté |
| Encadrement | Médecin du travail tuteur selon les parcours | Relier les apprentissages aux missions exercées dans le SPST |
Les six domaines à maîtriser
Les programmes universitaires organisent généralement leurs enseignements autour de six champs de compétences. L’infirmier doit connaître le monde du travail et l’organisation de la santé au travail, repérer les risques et les pathologies professionnels, contribuer aux actions de prévention collective, participer au suivi individuel des salariés, intervenir dans le maintien dans l’emploi et la prévention de la désinsertion professionnelle, puis travailler au sein d’une équipe pluridisciplinaire.
Les contenus peuvent aussi aborder les accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP), les urgences, les addictions en milieu professionnel, l’éducation sanitaire, la conduite de projet, la qualité et l’approche clinique. L’objectif est de savoir recueillir les informations utiles, alerter, tracer les expositions et participer à une prévention coordonnée avec les autres professionnels.
DU, DIU et formation conforme : comparer avant de candidater
Un DU est un diplôme universitaire porté par une université. Un DIU est organisé conjointement par plusieurs universités. L’intitulé ne suffit toutefois pas à apprécier l’adéquation d’un parcours. Pour un projet d’exercice en SPST, il faut vérifier la conformité de la formation aux exigences applicables : volume théorique, stage, compétences visées et modalités de validation.
Les organisations varient selon les établissements. À titre d’exemple, le DIU de l’Université Paris Cité affiche 242,5 heures de formation, réparties en 7 modules de 5 journées, sur le site Necker. Le calendrier indiqué pour cette session va du 16 novembre 2026 au 30 avril 2027. Ces données montrent l’intérêt de vérifier, pour chaque université, le rythme des cours, les regroupements, la compatibilité avec l’activité salariée et les dates de dépôt des dossiers.
Les critères utiles pour départager deux parcours
- Conformité réglementaire : vérifiez la présence des 240 heures théoriques et des 105 heures de pratique professionnelle.
- Public admis : certaines formations ciblent prioritairement les infirmiers déjà employés dans un SPST.
- Organisation : comparez le présentiel, les éventuelles séquences à distance, le lieu, le calendrier et le nombre de déplacements.
- Stage et tutorat : identifiez le terrain prévu, les conditions d’encadrement et le rôle du médecin du travail tuteur.
- Évaluation : renseignez-vous sur les épreuves écrites, le rapport de stage, la soutenance et les possibilités de rattrapage.
Une formation proche géographiquement n’est pas toujours la plus simple à suivre si ses regroupements sont fréquents ou si son calendrier s’accorde mal avec le fonctionnement du service. À l’inverse, un parcours coordonné avec le SPST, le tuteur et l’employeur facilite la gestion des absences, du stage et des travaux demandés.
Admission : préparer un dossier cohérent avec votre projet
Les DU et DIU s’adressent aux infirmiers diplômés d’État. Selon l’université, l’exercice dans un SPST peut être une condition d’admission ou un atout, notamment parce qu’il facilite l’accès au stage et à l’encadrement professionnel. Un infirmier qui envisage une mobilité vers la santé au travail doit donc lire attentivement les prérequis. Les établissements n’ouvrent pas tous leur formation dans les mêmes conditions aux candidats qui ne travaillent pas encore dans un SPST.
Les pièces le plus souvent demandées
Le dossier de candidature comprend généralement un CV, une lettre de motivation, une copie du diplôme d’État et les justificatifs administratifs demandés par l’université. Lorsque le candidat est en poste, des lettres d’engagement de l’employeur et du médecin du travail tuteur peuvent être exigées. Elles confirment les conditions de réalisation du parcours, notamment pour la pratique professionnelle.
- Repérez la page officielle de l’université et la période de candidature.
- Contrôlez les prérequis, le volume horaire et l’organisation du stage.
- Demandez à votre employeur son accord sur les absences, le financement et les engagements éventuels.
- Sollicitez suffisamment tôt le médecin du travail tuteur si sa lettre est requise.
- Déposez un dossier complet sur la plateforme indiquée par l’établissement, comme C@nditOnLine lorsqu’elle est utilisée.
Validation, financement et projection professionnelle
La validation associe habituellement le contrôle des connaissances théoriques et l’évaluation de la pratique. Selon les formations, elle peut comprendre une épreuve écrite, un rapport de stage et une soutenance. À l’Université Paris Cité, l’épreuve écrite dure 4 heures, est notée sur 20 avec un coefficient 2, et l’admission exige une moyenne au moins égale à 10/20. Une session de rattrapage est prévue en septembre. Les autres établissements appliquent leurs propres modalités, à consulter avant l’inscription.
Le financement dépend de la situation du candidat et des règles de l’employeur. Pour un infirmier salarié d’un SPST, l’employeur est directement concerné par l’obligation de formation. Il peut participer à l’inscription et à l’organisation du temps de travail. Avant la candidature, demandez le coût pédagogique, les frais de déplacement, les modalités de prise en charge et les justificatifs nécessaires.
Au terme du parcours, l’infirmier dispose d’outils concrets pour participer à la prévention en entreprise : mener un entretien de santé au travail, contribuer à l’identification des risques, prendre part à des actions collectives et accompagner les salariés confrontés à une restriction d’aptitude ou à un risque de désinsertion. Ces compétences se développent dans le dialogue avec le médecin du travail, les ergonomes, les préventeurs et les autres acteurs du SPST.
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